1. Qu'est-ce que la télétransmission ?

Télétransmettre, c'est envoyer vos feuilles de soins à l'Assurance Maladie sous forme électronique, signées avec votre carte CPS, au lieu de remplir des feuilles papier.

1.1 Que veut dire télétransmettre ?

La télétransmission désigne la transmission électronique des Feuilles de Soins Électroniques (FSE) à l'Assurance Maladie. Elle remplace les feuilles de soins papier par des échanges entièrement dématérialisés entre le logiciel du prestataire et la caisse primaire d'Assurance Maladie (CPAM).

En orthopédie, chaque délivrance d'un dispositif médical inscrit à la Liste des Produits et Prestations (LPP) et donnant lieu à un remboursement par l'Assurance Maladie doit faire l'objet d'une FSE transmise par voie électronique. La FSE constitue la pièce justificative de facturation : elle est signée électroniquement par le prestataire via sa Carte de Professionnel de Santé (CPS), ce qui lui confère une valeur juridique équivalente à une signature manuscrite.

1.2 La télétransmission est-elle obligatoire ?

L'article L. 161-35 du Code de la sécurité sociale organise la transmission électronique des feuilles de soins pour les professionnels de santé conventionnés. Cette obligation n'est toutefois pas absolue : un professionnel conserve le droit de ne pas télétransmettre et d'établir des feuilles de soins papier, ou de télétransmettre selon la norme B2 — une norme électronique antérieure à SESAM-Vitale, sans signature CPS, qui impose l'envoi postal des pièces justificatives à la caisse.

Source : Article L. 161-35 du Code de la sécurité sociale — legifrance.gouv.fr

Pour les prestataires d'appareillage — podo-orthésistes, orthopédistes-orthésistes et ortho-prothésistes —, la facturation sécurisée en FSE SESAM-Vitale est organisée par leur convention nationale des professions de l'appareillage (23 avril 2019, approuvée par arrêté du 2 octobre 2020), qui prévoit un accompagnement financier de la montée en charge vers ce mode de facturation, dès lors que leur logiciel est certifié SESAM-Vitale et qu'ils sont équipés du matériel nécessaire.

2. De quel matériel avez-vous besoin ?

Trois éléments sont indispensables : un logiciel certifié SESAM-Vitale, un lecteur de carte Vitale et une carte CPS. S'il en manque un, aucune FSE ne peut être envoyée.

La mise en œuvre de la télétransmission nécessite trois équipements indissociables. L'absence de l'un d'eux empêche tout envoi de FSE.

2.1 Pourquoi faut-il un logiciel certifié SESAM-Vitale ?

Le prestataire doit utiliser un logiciel ayant obtenu l'agrément SESAM-Vitale. Cet agrément atteste que le logiciel respecte les spécifications techniques définissant la structure des FSE, les protocoles d'échange sécurisés et les règles de traitement des données de santé.

Le GIE SESAM-Vitale est le groupement d'intérêt économique qui réunit les régimes d'assurance maladie obligatoire (CNAM, MSA…) et les fédérations de complémentaires santé (FNMF, France Assureurs, CTIP). Il est responsable de la rédaction des spécifications techniques et de l'évolution des protocoles ; l'agrément des logiciels est quant à lui délivré par le CNDA (Centre National de Dépôt et d'Agrément), service de la CNAM.

La liste des logiciels agréés est publiée par le CNDA (Centre National de Dépôt et d'Agrément) sur cnda.ameli.fr.

2.2 À quoi sert le lecteur de carte Vitale ?

Un lecteur de carte à puce homologué (de type PC/SC) est indispensable pour lire la carte Vitale du patient lors de la consultation ou de la délivrance. C'est par cette lecture que le logiciel récupère automatiquement les informations d'identité du patient (nom, prénom, numéro de sécurité sociale) et ses droits auprès de l'Assurance Maladie obligatoire (AMO). Ces données sont directement intégrées dans la FSE, ce qui limite les risques d'erreur de saisie.

À noter : La carte Vitale ne contient pas les informations relatives à la mutuelle complémentaire (AMC) du patient. Ces données doivent être obtenues par d'autres moyens (attestation mutuelle, lecture de carte de tiers payant complémentaire).

2.3 À quoi sert la carte CPS ?

La Carte de Professionnel de Santé (CPS) est délivrée par l'ANS (Agence du Numérique en Santé). Elle constitue l'identifiant électronique du prestataire et permet la signature numérique de chaque FSE. Sans carte CPS valide insérée dans le lecteur, il est impossible de signer et de transmettre des FSE à la CPAM.

La carte CPS identifie le prestataire (numéro AM, spécialité) et sécurise l'ensemble de la chaîne de facturation électronique. Elle doit être renouvelée périodiquement selon les modalités définies par l'ANS.

Source : ANS — Agence du Numérique en Santé, carte CPS — esante.gouv.fr

3. Comment se déroule une télétransmission ?

Vous lisez la carte Vitale du patient, vous complétez la facture dans votre logiciel, vous la signez avec votre carte CPS, puis vous l'envoyez à la CPAM qui vous répond.

La création et l'envoi d'une FSE suivent un enchaînement précis, entièrement géré par le logiciel certifié SESAM-Vitale.

3.1 Que récupère-t-on sur la carte Vitale ?

À la délivrance du dispositif médical, le patient présente sa carte Vitale. Le prestataire l'insère dans le lecteur de carte à puce ; le logiciel récupère automatiquement les données du patient :

  • Identité (nom, prénom, date de naissance)
  • Numéro de sécurité sociale (NIR)
  • Organisme d'Assurance Maladie de rattachement et droits ouverts

Ces informations sont directement préremplies dans la FSE, sans ressaisie manuelle.

3.2 Que faut-il saisir dans la FSE ?

Le prestataire complète ensuite les éléments de facturation dans son logiciel :

  • Le ou les codes LPP correspondant aux dispositifs délivrés
  • La date de délivrance
  • Le tarif de responsabilité (base de remboursement inscrite à la LPP)
  • Le montant facturé et la part prise en charge par l'AMO
  • Les informations de tiers payant le cas échéant

Une fois la FSE constituée, le prestataire procède à sa signature électronique grâce à la carte CPS insérée dans le lecteur. Cette signature confère à la FSE sa valeur juridique.

3.3 Que se passe-t-il après l'envoi à la CPAM ?

La FSE signée est transmise à la CPAM via le réseau SESAM-Vitale. La caisse traite la FSE et émet un retour NOEMIE, également appelé RSP (Rejet Signalement Paiement) :

1
Le logiciel transmet la FSE signée à la CPAM via le protocole SESAM-Vitale
2
La caisse traite la FSE et émet un retour NOEMIE (RSP) : acceptation avec mise en paiement, ou rejet avec code motif
3
En cas d'acceptation et de tiers payant AMO, la caisse procède au virement du montant AMO directement au prestataire
4
Le logiciel enregistre le retour et met à jour le suivi du dossier patient (paiement reçu ou rejet à traiter)

La télétransmission permet des remboursements bien plus rapides que les feuilles de soins papier, qui nécessitaient envoi postal, traitement manuel et délais de traitement allongés.

4. Qu'est-ce qu'un retour NOEMIE ?

C'est la réponse de l'Assurance Maladie à chaque facture envoyée : elle indique si la FSE est acceptée et mise en paiement, ou rejetée avec un code motif à corriger.

4.1 Que veut dire NOEMIE ?

NOEMIE est l'acronyme de Norme Ouverte d'Échange entre la Maladie et les Intervenants Extérieurs. Il s'agit du système de retours d'information de l'Assurance Maladie vers les prestataires, permettant de connaître le traitement réservé à chaque FSE transmise : acceptation avec mise en paiement, ou rejet motivé. Le retour NOEMIE est également appelé RSP (Rejet Signalement Paiement).

NOEMIE est une norme de l'Assurance Maladie (CNAM), antérieure à SESAM-Vitale, que les logiciels agréés sont tenus d'interpréter et d'afficher à l'utilisateur.

Source : Assurance Maladie (CNAM), norme NOEMIE — ameli.fr ; GIE SESAM-Vitale — sesam-vitale.fr

4.2 Que faire quand une FSE est rejetée ?

Lorsqu'une FSE est acceptée, le retour NOEMIE confirme la mise en paiement. Le logiciel enregistre ce retour et met à jour le dossier patient avec le montant pris en charge par l'AMO. En cas de tiers payant, le virement est effectué directement au prestataire.

Lorsqu'une FSE est rejetée, le retour NOEMIE contient un code motif de rejet. Le prestataire doit :

  1. Analyser le motif de rejet indiqué dans le retour
  2. Corriger les informations erronées ou compléter les pièces manquantes
  3. Créer et transmettre une nouvelle FSE corrigée

Important : Une FSE rejetée n'entraîne aucun paiement. Il est indispensable de traiter chaque rejet rapidement pour ne pas laisser de créances impayées.

4.3 Quels sont les rejets les plus fréquents en orthopédie ?

Certains motifs de rejet reviennent régulièrement dans l'activité des prestataires orthopédiques. Les voici, avec les points de vigilance associés :

Cause de rejet Explication
Droits expirés Le patient n'a plus de droits ouverts à la date de délivrance. Vérifier les droits via ADRi avant chaque délivrance.
Entente préalable manquante Certains dispositifs orthopédiques (grands appareillages notamment) nécessitent une autorisation préalable de la CPAM avant délivrance. L'entente préalable doit être obtenue et jointe au dossier.
Code LPP incorrect Le code LPP renseigné dans la FSE n'existe pas, est erroné ou ne correspond pas au dispositif délivré. Vérifier la nomenclature LPP en vigueur.
Données patient incorrectes L'identité ou le numéro de sécurité sociale (NIR) ne correspond pas aux données enregistrées par la CPAM. Relire la carte Vitale et vérifier les informations du dossier.

Un logiciel certifié SESAM-Vitale doit interpréter ces retours et permettre au prestataire de suivre l'état de chaque FSE (transmise, acceptée, rejetée, à retraiter) pour ne laisser aucune créance sans traitement.

5. Qu'apporte la télétransmission au quotidien ?

Des remboursements plus rapides, moins d'erreurs de saisie, un suivi en temps réel de chaque facture et la fin des envois postaux de feuilles de soins.

La télétransmission ne se résume pas à une obligation réglementaire : elle apporte des bénéfices concrets dans la gestion quotidienne du cabinet ou de la structure :

  • Remboursements accélérés — Le circuit électronique est bien plus rapide que le traitement des feuilles de soins papier envoyées par courrier, raccourcissant significativement les délais de règlement AMO.
  • Réduction des erreurs de saisie — La lecture automatique de la carte Vitale prérenseigne l'identité et les droits du patient dans la FSE, limitant les fautes de frappe à l'origine de rejets.
  • Suivi en temps réel — Les retours NOEMIE permettent de connaître instantanément le statut de chaque FSE et d'agir rapidement en cas de rejet.
  • Traçabilité complète — Chaque FSE, chaque retour et chaque paiement sont enregistrés dans le logiciel, constituant un historique de facturation fiable et consultable à tout moment.
  • Gain de temps administratif — La dématérialisation supprime les tâches liées à l'impression, la signature et l'envoi postal des feuilles de soins papier.
  • Centralisation — Un logiciel certifié SESAM-Vitale gère la télétransmission et le suivi des retours NOEMIE depuis une interface unique, sans outil tiers.
À retenir
  • La FSE est la version électronique de la feuille de soins ; signée avec la carte CPS, elle a la même valeur qu'une signature manuscrite.
  • Trois équipements sont indissociables : logiciel certifié SESAM-Vitale, lecteur de carte Vitale et carte CPS.
  • La carte Vitale donne l'identité et les droits AMO du patient, mais pas les informations de mutuelle (AMC).
  • Le retour NOEMIE (ou RSP) indique pour chaque FSE si elle est mise en paiement ou rejetée avec un code motif.
  • Les rejets les plus courants en orthopédie : droits expirés, entente préalable manquante, code LPP incorrect, données patient erronées.
  • Télétransmettre n'est pas la seule option : la feuille de soins papier et la norme B2 restent possibles, mais plus lentes.