1. Pourquoi cette obligation existe-t-elle ?

Certains logiciels permettaient d'effacer des encaissements après coup pour minorer la TVA déclarée. L'article 88 de la loi de finances rectificative pour 2015 a créé l'article 286 I 3° bis du CGI pour rendre ces manipulations impossibles.

1.1 Quel problème la loi voulait-elle régler ?

Avant cette réforme, il était techniquement possible pour un logiciel de caisse de supprimer ou modifier rétroactivement des enregistrements de ventes — ce que l'on appelle les logiciels permissifs. Cela permettait de minorer artificiellement le chiffre d'affaires déclaré et donc de frauder sur la TVA collectée.

L'article 88 de la loi de finances rectificative pour 2015 (n° 2015-1785 du 29 décembre 2015) a introduit l'article 286 I 3° bis dans le Code Général des Impôts. L'objectif : rendre la manipulation des données de caisse techniquement impossible, et en apporter la preuve à l'administration fiscale.

Base légale : Article 286 I 3° bis du CGI — obligation d'utiliser un logiciel ou système de caisse satisfaisant aux conditions d'inaltérabilité, de sécurisation, de conservation et d'archivage. Source : Légifrance

1.2 Qui est concerné ?

L'obligation s'applique à toute personne assujettie à la TVA qui enregistre des règlements de clients particuliers via un logiciel ou système de caisse. En orthopédie, cela concerne les prestataires qui encaissent directement des patients (dépassements non remboursés, ventes d'accessoires, etc.).

Important : L'obligation ne porte pas sur le fait d'utiliser ou non un logiciel de caisse, mais sur sa conformité si vous en utilisez un. Les entreprises exclusivement B2B (facturation entre professionnels uniquement) et celles bénéficiant de la franchise en base de TVA (article 293 B CGI) sont exemptées.

Logiciel de caisse, logiciel de facturation, ERP : quelle différence ? Un logiciel de caisse enregistre les paiements de particuliers — c'est lui qui est concerné par cette obligation. Un logiciel de facturation émet des factures, y compris entre professionnels, sans forcément encaisser de paiement. Un ERP (progiciel de gestion intégré) va plus loin : il gère aussi le stock, la production ou la comptabilité. Un même logiciel de gestion peut combiner ces trois fonctions — c'est le volet « encaissement patient » qui déclenche l'obligation.

2. Quels sont les quatre critères obligatoires ?

Le logiciel doit satisfaire en même temps quatre exigences : inaltérabilité, sécurisation, conservation et archivage des données d'encaissement.

Pour être conforme, un logiciel doit simultanément satisfaire ces quatre exigences :

1

Inaltérabilité

Les données originales ne peuvent pas être modifiées ou supprimées. Toute correction passe par une écriture complémentaire (avoir, annulation), jamais par effacement direct. Chaque opération est horodatée.

2

Sécurisation

Les enregistrements sont protégés contre toute altération non autorisée, par des techniques de chaînage ou de signature électronique.

3

Conservation

Les données de transactions doivent être conservées pendant 6 ans minimum. Des clôtures annuelles (et quotidiennes/mensuelles pour les caisses) sont obligatoires, avec calcul de totaux cumulés.

4

Archivage

Les archives sont créées au moins annuellement et doivent rester lisibles et intègres dans le temps, y compris en cas de changement de logiciel. Les données purgées font l'objet d'une sauvegarde sécurisée.

3. Comment prouver la conformité ?

La preuve incombe à l'éditeur, pas à vous. Depuis le 21 février 2026, deux documents sont admis : l'attestation individuelle de l'éditeur ou le certificat d'un organisme accrédité (LNE ou Infocert). Vous devez pouvoir le présenter en cas de contrôle.

C'est à l'éditeur du logiciel (et non à l'utilisateur) de produire la preuve de conformité. Le régime de cette preuve a évolué à deux reprises récemment : la loi de finances pour 2025 avait supprimé l'attestation individuelle de l'éditeur au profit du seul certificat délivré par un organisme accrédité, avant que la loi de finances pour 2026 ne la rétablisse.

Depuis le 21 février 2026 (article 125 de la loi de finances pour 2026), deux modes de preuve sont admis :

  • l'attestation individuelle de l'éditeur, établie sur le modèle officiel fourni par l'administration fiscale, certifiant que le logiciel satisfait aux quatre critères obligatoires ;
  • le certificat délivré par un organisme accrédité (LNE ou Infocert).

En tant qu'utilisateur, vous devez pouvoir présenter l'un de ces deux documents lors d'un contrôle fiscal. Il n'est pas à produire spontanément : il suffit qu'il soit disponible sur demande des agents de l'administration.

Source : BOFiP — Bulletin Officiel des Finances Publiques (bofip.impots.gouv.fr)

4. Qu'est-ce que cela change dans le logiciel ?

Le logiciel tient un journal horodaté que l'on ne peut pas effacer, relie chaque enregistrement au précédent, produit des clôtures périodiques et archive automatiquement les exercices passés. Tout cela sans action de votre part.

Concrètement, un logiciel conforme intègre les mécanismes suivants, de manière transparente pour l'utilisateur :

  • Journal des opérations immuable : chaque encaissement, annulation ou avoir est enregistré avec horodatage et ne peut être effacé. Les corrections se font uniquement par écriture inverse.
  • Chaînage des enregistrements : chaque ligne est liée à la précédente par un mécanisme cryptographique, rendant toute modification détectable.
  • Clôtures périodiques automatiques : le logiciel génère des totaux de clôture journaliers, mensuels et annuels, conservés de manière sécurisée.
  • Archivage automatique : les données des exercices passés sont archivées et restent accessibles sans possibilité de modification, même après une mise à jour du logiciel.

5. Quels bénéfices concrets pour votre structure ?

Au-delà de l'obligation, un logiciel conforme vous apporte une sécurité en cas de contrôle fiscal, des données de facturation non modifiables, une traçabilité complète des opérations et des archives conservées automatiquement.

Au-delà de l'obligation légale, utiliser un logiciel conforme présente des avantages directs pour votre structure :

5.1 Que se passe-t-il en cas de contrôle fiscal ?

Vous avez la preuve documentée que votre outil de gestion respecte la loi fiscale française. En cas de contrôle fiscal, vous présentez simplement l'attestation ou le certificat de votre éditeur — aucun risque d'amende liée à la conformité du logiciel.

5.2 Vos données sont-elles mieux protégées ?

L'inaltérabilité imposée par la loi est aussi une garantie pour vous : aucune donnée de facturation ne peut être modifiée par erreur ou de manière malveillante. Votre historique de caisse est un registre fiable, opposable en cas de litige.

5.3 Peut-on retrouver une facturation passée ?

Toutes les opérations sont horodatées et chaînées. En cas de question sur une facturation passée — de la part d'un patient, d'une caisse d'Assurance Maladie ou d'un auditeur — vous disposez d'une piste d'audit complète et incontestable.

5.4 Combien de temps les archives sont-elles conservées ?

La conservation obligatoire sur 6 ans et l'archivage structuré protègent votre structure en cas de contrôle portant sur des exercices passés. Vous n'avez pas à gérer vous-même la sauvegarde des données historiques : le logiciel s'en charge de manière automatique et sécurisée.

À retenir
  • L'obligation découle de l'article 286 I 3° bis du CGI, introduit par l'article 88 de la loi de finances rectificative pour 2015.
  • Elle vise tout assujetti à la TVA qui enregistre des règlements de particuliers via un logiciel ou système de caisse.
  • Elle ne porte pas sur le fait d'utiliser un logiciel de caisse, mais sur sa conformité si vous en utilisez un : les activités exclusivement B2B et la franchise en base (article 293 B CGI) en sont exemptées.
  • Quatre critères doivent être réunis : inaltérabilité, sécurisation, conservation et archivage, avec une conservation minimale de 6 ans.
  • Depuis le 21 février 2026 (article 125 de la loi de finances pour 2026), deux preuves sont admises : l'attestation de l'éditeur ou le certificat d'un organisme accrédité (LNE, Infocert).
  • Ce document n'est pas à produire spontanément : il doit simplement être disponible sur demande de l'administration fiscale.